L’oeil usé de se voir
Qui n’a pas eu mal aux yeux d’avoir trop vu. Rassembler à soi les souvenirs d’une vie, lutter contre le courant, ne pas se laisser dégager par le jour suivant, le jour de trop.
Je vois autour de moi se déliter les clans, s’évaporer les illusions, tomber les masques. Paris englouti les faveurs des innocents, Paris corrompt, Paris broie mais l’illumination est trop grisante pour s’en rendre compte. Les perspectives des ponts enjambant la Seine relient les hommes entre eux, dissolvent leurs querelles et le jour s’estompe, laissant la nuit ravir à chacun les dernières scories de la candeur. La nuit emporte l’humeur.
Quels que soient les buts, le mouvement se nourrie de lui-même, l’intense émotion de la tristesse doit être abandonnée au profit du recul. Le passant des bords du fleuve refuse d’abord de laisser, de déposer sa peine. Si précieuse est la mélancolie. Elle est, avec la solitude, un manteau qui réchauffe de bien des blizzards. Mais un manteau qui tient excessivement chaud. Un manteau de vison en plein mois d’août. Une combinaison de plongé dans le désert, un scaphandre sur le court de tennis.
Quel est le joyau? Quel est le diamant taillé? Quel est l’absolu? Est-ce le manteau? Dans la doublure?
Je vois qu’à force de se voir, mon oeil s’use. À moins que ce chlore ne l’irrite.





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