L’Ambition Contrariée
Le temps passait encore plus vite à cause du froid. Peu à peu, le recul aidant, PM regardait ses congénères avec davantage de compassion. Lui qui s’offusquait du moindre changement d’attitude, lui qui demandait sans cesse du respect et se plaignait du manque de fiabilité de son entourage, il avait fini par redouter l’arrivée de la moindre nouvelle venant de l’extérieur qu’il qualifiait d’intrusion.
PM avait un but dans la vie. Il voulait être chef d’orchestre. Son excellent niveau de lecture conférait à ce médaillé d’or du conservatoire d’Angoulême le statut de maitre qu’il se voyait régulièrement décerné par un groupuscule d’inconditionnels de son terroir natal.
Mais pour accéder à de hautes fonctions, il fallait incorporer un théâtre et c’est ce genre de barrière que PM se sentait incapable de franchir. Il lui aurait fallu assister à des vins d’honneur, fêter les soixante seize ans du directeur du consistoire, adhérer au SMUC (Société moyenne d’unité commune) et cela, PM se le refusait. Comme cela provoquait chez lui ces conflits nourris contre soi même et assouvis partiellement à force d’échecs, PM souffrait. Il toussait, tombait malade, le jour de chaque rencontre importante. Ainsi, la plupart du temps, il se disait « dommage, cet emploi n’est pas fait pour moi… » mais lorsqu’il guérissait, le désir de devenir chef d’orchestre le reprenait et rien ne pouvait l’arrêter son ambition.
Heureusement pour lui, PM héritait régulièrement de ses arrières arrières grands parents qui étaient au nombre de seize et décédaient les uns après les autres, couchant PM sur leur testament et lui léguant l’intégralité de leurs incommensurables biens. Ivre de cette fortune tombée du ciel, PM entrait dans la boulangerie, commandait la boulangère et partait avec elle en laissant un chèque de plusieurs dizaines de milliers d’euros au boulanger, qui trouvait dans ce business une issue aux conséquences de la crise qui frappait de plein fouet l’industrie du croissant.










