La flute en chantier
Un lapin attiré par la perspective d’un terrier bien construit et d’une vie passionnée jeta son dévolu sur le plus ravissant des architectes de la ville. Quoi qu’il ne savait ni le nom ni le visage de cet architecte, il vit son âme dans le dessin de chaque bâtiment dont le style élancé et la force contenue consacrait l’art au rang de véritables “machines à habiter”.
Le lapin rêva un terrier moderne, fait de matériaux naturels, dont de larges baies recueilleraient la lumière du sud-sud-est. Il imaginait un salon chaleureux, une cuisine fonctionnelle et bien équipée, il convoitait une chambre spacieuse et dépouillée, à l’épaisse moquette et aux parois couleurs de sable et surtout il appelait de ses vÅ“ux une salle de bain immense et constamment éclairée par plusieurs fenêtres donnant sur jardin ainsi que par une fenêtre de toit offrant la clarté d’une véranda toscane.
Parfois, il s’armait d’audace, entrait dans une de ces villas dont il reconnaissait la signature et demandait aux habitants s’ils pouvaient lui indiquer le nom et ou l’adresse du créateur, du seul démiurge capable de réaliser une Å“uvre si parfaite. Jamais il ne recevait de réponse car les gens sont ainsi, ils détestent dévoiler les ramifications de leurs relations.
Cependant, un jour de grand vent qui fit plier quelques roseaux et casser quelques ajoncs vint appuyer sa chance. Il rencontra un coq et un serpent à qui il manquait un lapin dans le réseau de contacts. Ils invitèrent le lapin à l’une de ces fêtes où il se consomme plus de carottes que de raison et dans la gaité nocturne de laquelle, magie musicale des cÅ“urs échauffés au son des flutes, le lapin croisa le regard de la plus ravissante des créatures. Elle était femme, belle et dubitative au point de donner à sa voix l’inflexion d’une axonométrie de l’éblouissement. Le lapin et l’architecte se reconnurent alors mutuellement et coururent se connaitre charnellement.





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