Quel avenir pour le disque?09.12.07

D’aucuns voient l’effondrement des ventes de disques comme un signe que le marché de la musique a commencé son inéluctable mutation.
S’en réjouir ou lutter contre n’arrangera probablement rien au fait que la société, dans son ensemble, de plus en plus consommatrice de musique, en impose et en réclame la quasi-gratuité.

Rappelons que les enregistrements musicaux sont voués à devenir des objets fabriqués en série. Quand le consommateur multiplie par dix, puis par cent, puis par mille, le volume de ses acquisitions, il n’y a rien d’étonnant à ce que le produit perde de sa valeur monétaire.
C’est là une des conséquences du marché. Une analyse fataliste de cette situation conduit à envisager sérieusement la fin de l’ère du support physique du disque en faveur de sa dématérialisation numérique, ce qui entraîne inévitablement la reconversion de nombreux acteurs du secteur.

On en revient par exemple à tout miser sur le spectacle vivant, qui demeure la première façon historique de distribuer la musique. Cette conséquence est applaudie par les concertistes, mais ne donne pas de garantie aux artistes, qui, à l’instar du pianiste Glenn Gould, dans les années 1950, ont plutôt choisi de s’exprimer via le studio.

Si cette vision donne les contours d’un avenir probable, elle ne tient pas encore compte de la réaction des professionnels de la musique, face à ces menaces non totalement vides de promesses.

Car si le spectacle vivant est à nouveau au goût du jour, soulignons qu’il a aussi beaucoup évolué. Sorte de grandes fêtes de sons et de lumières, où, les interprètes sont des vedettes à qui l’on demande de plus en plus de compétences ; chant, danse, styles, médiatisation…

De son côté le disque, et plus généralement, l’enregistrement sonore, mis à part sa numérisation toujours plus précise en nombre de bits, a beaucoup moins évolué dans le potentiel de son contenu.
Les vraies évolutions des enregistrements seraient souhaitables notamment au travers de produits plus interactifs, où le consommateur pourra modifier la musique, la modeler, l’utiliser à sa guise, pour finalement, se glisser dans la peau de l’artiste lui-même.

Cette demande grandissante du public pour l’interactivité artistique est visible dans la diffusion de plus en plus large des logiciels de photos, de films vidéo, l’utilisateur peut, avec son ordinateur se confectionner lui-même un DVD de son film de vacances en y intégrant ses musiques ou ses films préférés. Pourquoi n’en ferait-il pas de même avec les enregistrements musicaux ? Aujourd’hui, il ne peut agir que sur les graves, les aigus, aller en avant ou en arrière et changer de morceau.

Il serait temps de proposer un vrai voyage sonore, une vraie aventure musicale à l’homme du vingt-et-unième siècle. Cette révolution ne peut-être initiée que par une percée technologique que l’ère du numérique ne fait qu’amorcer.

Ce grand chambardement peut prendre de joyeuses allures et revêtir aussi des aspects plus inquiétants lorsque sont soulevées les questions fondamentales des rémunérations et du droit d’auteur. Étant moi-même auteur compositeur, j’admets qu’aujourd’hui, mes principaux revenus proviennent de mes droits SACEM. Ce doit être le cas pour de nombreux compositeurs de musique. Mais si nous parvenons à mettre en place un système qui s’adapte aux enjeux actuels tout en rémunérant les artistes, les producteurs et en leur permettant de continuer à vivre de leur création et de leur productions, qu’est-ce qui justifiera de défendre à tout prix le droit d’auteur tel qu’il est défendu aujourd’hui?

Revenons au disque. L’objet. Entre nos mains, la rondelle colorée, les textes, la photo imprimée sur papier. Le plaisir du toucher, voire de l’odorat, en plus de ce que le numérique nous propose. Le disque compact. Quel événement pourrait définitivement en arrêter la production ? Les grandes surfaces, Fnac, Virgin vont cesser progressivement d’en vendre puis un jour, n’en vendront plus du tout. S’en vendra-il encore par correspondance ? Chez quelques disquaires antiquaires ? À la sortie des concerts ? Faut-il imaginer un nouvel objet ?
Et quand bien même les majors compagnies cesse d’en faire fabriquer un jour, personne n’est en mesure de savoir ni où, ni quand sera vendu le dernier disque. Et qui le vendra ?
Aujourd’hui, une seule affirmation est encore possible : Un très bon disque peut très bien se vendre. Voilà l’objectif : publier Ce disque !

No Comments →

newsletter